OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Les data en forme http://owni.fr/2012/07/03/les-data-en-forme-episode37/ http://owni.fr/2012/07/03/les-data-en-forme-episode37/#comments Tue, 03 Jul 2012 12:12:12 +0000 Paule d'Atha http://owni.fr/?p=115151 Une fois n’est pas coutume, nous allons ajouter une pincée de pédagogie à cette chronique hebdomadaire, 37e du nom et bonne première pour juillet. Et on en profite pour souhaiter de bonnes datavacances à tous nos lecteurs, comme ça on n’oubliera pas.

Discours de la méthode

Pour démarrer gentiment, explorons les 10 étapes pour élaborer une infographie du tonnerre [en] par Josh Smith, membre de l’éminent studio de design new-yorkais Hyperakt (dont on vous a récemment parlé). Ces dix étapes ont été mises en pratique au sein de cette agence grâce à l’expérience acquise dans le temps. Au vu de notre propre activité plus modeste de producteurs d’infographies (comme ici, ici ou encore ici), il nous semble que cette chronologie soit particulièrement appropriée pour tout projet “data” – infographie ou autre. Les 10 étapes pour faire un projet data selon Hyperakt : 1) récolter les données 2) tout lire 3) trouver le petit truc narratif 4) identifier les problèmes 5) créer une hiérarchie 6) faire une maquette 7) choisir un format 8) déterminer une approche visuelle 9) peaufinage et tests 10) publication. Le plus intéressant se trouve naturellement dans la démonstration cachée entre les titres.

Mise en pratique

Et pour mettre immédiatement en application cette méthode, nous avons repéré cette semaine trois infographies au style fort différent, mais qui nous semblent toutes particulièrement réussies.

La première, pondue par les maîtres en la matière : le New York Times, qui dépeint en une seule fresque les Résidents invisibles [en] décrits par le projet Microbiome Humain de l’Institut de la santé étasunien. Le défi était pour le moins colossal, puisqu’il s’agissait ici de représenter en une seule infographie un panorama général des microbes classés par familles, par localisation dans le corps, par quantité et par fréquence. Au final, le choix d’enfermer l’arbre de catégorisation naturel dans un cercle permet une représentation claire que n’aurait pas forcément permis un autre modèle géométrique. Ça n’a pas forcément l’air comme ça, mais le boulot de designer informationnel (so chic) c’est quand même un boulot compliqué.

Deuxième infographie, imaginée par l’équipe très efficace de l’Open Data Blog d’il Sole 24 ore : les investissements des fonds souverains, une affaire de 81 milliards [it] qui s’accroche à la gageure de mettre en peinture ce mécanisme de circulation du gros argent entre les pays qui disposent des réserves et les sociétés ou pays qui ont besoin de liquidités. Là encore, la scénarisation de l’infographie est plus ardue qu’elle n’en a l’air, car elle doit être légère en restant fidèle à la complexité des données, et elle doit être… jolie. Et de ce côté, c’est donc plutôt réussi.

La troisième infographie sélectionnée cette semaine est Game of Phones [en], une illustration chatoyante de la guerre sans merci que se livrent Apple et Google à travers leur plate-forme de téléchargement mobile. Le scénario, imaginé par la boîte d’analyse de données App Annie, consiste à poser des chiffres sur une cartographie imaginaire : il est assez courant. L’idée ici est naturellement de livrer un clin d’oeil médiéval à la série TV du moment en dessinant les contours d’un continent improbable à l’esthétique très ludique.

De l’interactivité

La visualisation de données n’est pas en manque de littérature non plus cette semaine. La lecture du papier en trois parties de Ben Jones, Data Visualisation : clarté ou esthétique ? [en] pose les bases d’une réflexion centrale du journaliste de données lorsque vient le moment de déterminer la meilleure façon de représenter une série de chiffres. L’auteur offre une grille de raisonnement qui prend en considération les atouts et les travers de la représentation lorsqu’elle privilégie un aspect plutôt qu’un autre (clarté ou esthétique, donc). Et synthétise des pistes pour marier au mieux ces axes en prenant en compte un troisième non moins important : l’impact causé par la visualisation.

Partant de cet enrichissement, on apprécie d’autant mieux lorsque le travail du journaliste de données est fortement documenté au point de dévoiler le cheminement in extenso qui a conduit une simple idée de représentation dynamique de la donnée à sa matérialisation finale sur le site (là encore) du New York Times. La dataviz en question date du 17 mai dernier et illustre l’introduction en bourse de Facebook en démontrant comment s’est déroulée celle de 2 400 autres sociétés “techno” et comment leur valeur boursière a évolué après trois ans. Sans surprise avec le NYT, c’est propre, clair, sans fioritures. Et il est donc particulièrement passionnant de se précipiter sur le blog de Kevin Quealy parce qu’il y conserve la trace de toutes les étapes de création de la visualisation pensée par la journaliste Amanda Cox et de sa petite équipe – et le processus créatif pour représenter des données assez complexes est d’autant plus intéressant à comprendre qu’on saisit bien la force des éléments coercitifs mentionnés plus haut : en gros ça doit être beau, mais ça doit être clair, mais ça doit être percutant.


Twitter superstar

Deux visualisations de données élaborées autour de Twitter ont tenté, elles aussi, d’adopter les bons principes de la semaine – en ne réussissant pas nécessairement à convaincre sur tous les fronts.

La première performance a été réalisée par Jeff Johnston. Son défi : représenter graphiquement les liens [en] qui unissent via Twitter les participants du festival Eyeo et mettre en couleurs l’évolution de ces relations à la suite de la manifestation. À défaut d’être très clair, au moins c’est joli.

Deuxième bel ouvrage, pondu par Nicolas Belmonte, est celui matérialisé à l’occasion de la fin de l’Euro de football : le “streamgraph” #Euro2012 montre “simplement” le nombre de tweets échangés durant la compétition en introduisant le paramètre lexical dans son analyse. Le plus intéressant ici est bien sûr que le dispositif capte quelle équipe est mentionnée pour chaque match et à quel moment du match ces mentions se produisent. À défaut d’être très joli, au moins c’est clair.

Beau job

Nous terminerons cette semaine 37 avec une présentation (meow) très complète et une réflexion non moins passionnante sur le(s) métier(s) du journalisme de données : les huit chapeaux de la visualisation de données [en]. Plus qu’un simple agrégat d’idées sur la meilleure manière de représenter la data, nous avons là un alignement convaincant d’arguments militant en faveur de la constitution d’un journalisme de données d’équipe tel que nous le pratiquons chez Owni, préférant la somme de talents hors-norme plutôt que la structuration indivise de combattants compétents en tous points mais spécialistes d’aucun. À ajouter, donc, à toutes ces lectures estivales qui réchaufferont les cœurs et les esprits.


Tous les épisodes précédents des Data en forme.
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Vendredi c’est graphism S02E23! http://owni.fr/2011/06/17/vendredi-c%e2%80%99est-graphism-s02e23/ http://owni.fr/2011/06/17/vendredi-c%e2%80%99est-graphism-s02e23/#comments Fri, 17 Jun 2011 06:30:29 +0000 Geoffrey Dorne http://owni.fr/?p=68318 Salut à toutes et à tous et bienvenue dans ce nouveau numéro de Vendredi c’est Graphism :-)

Comme toutes les semaines, un numéro graphique, parfois décalé, souvent expérimental mais toujours visuel ! Au programme de cette semaine je vous propose un site pour des applications tactiles, une vidéo qui danse avec les doigts, une visualisation de données sur le H1N1, une autre sur des mots de passe, une vidéo prospective sur le futur des magazines, et un WTF tout en pliage ;-)

Bon vendredi & bon graphisme !

Geoffrey

Allez on commence la semaine avec un site vraiment pratique et qui propose de commander des dizaines d’applications interactives pour tous les prototypes tactiles que nous connaissons comme les tables de Microsoft Surface. Ces applications tentent donc passer de la phase “expérimentale” à la phase “commercialisable”, et si vous créez ce genre d’application tactiles, vous pourrez les proposer directement sur le site pour les vendre. Bien-sûr les secteurs sont très larges et souvent des secteurs de niche comme les musées, les architectes, les showrooms, l’hôtellerie, etc. Après, rien ne vous empêche de vous offrir une table Surface à 10 000€ plus une petite application à 5000€ hein :-D

Un site qui est donc le parfait exemple de l’évolution de nos interfaces et du passage du numérique et ses périphériques au numérique du tout tactile, du tout gestuel.

source

On enchaîne donc notre revue de la semaine avec le dernier clip de Samsung pour le Galaxy S II réalisé par l’agence Heaven. Outre le côté technologique ou ludique de ce téléphone, le clip met en avant la gestuelle et l’absence même de l’objet. Assez rare donc pour être signalé En effet, même s’il s’agit juste d’un teaser, l’absence de l’objet est flagrante ainsi que le côté graphique (au début 2D puis 3D) est assez élégante.

Pour le côté gestuel, je suis assez curieux de comprendre pourquoi cela a été mis en avant. Comme je le dis souvent, nous sommes dans une phase de transition lente de la « révolution du tout tactile » à la « révolution du gestuel » (et j’ai d’ailleurs ma petite idée sur l’après gestuel…) et ce clip met bien en avant cet aspect. Cependant, cela reste un téléphone tactile (même s’il possède des petits aspects gestuels très agréables). Une affaire à suivre donc !

Cliquer ici pour voir la vidéo.

source

Il y a quelques jours, nous avont eu droit à cette superbe animation de données réalisée par mon ami le designer Antoine Maggi. Voilà plusieurs mois qu’il travaille sur ce projet qui recueille et qui met en forme de la recherche, de l’observation et de l’analyse autour d’un événement sociétal vraiment important il y a encore quelques temps : la pandémie de grippe A (H1N1). Antoine a su glisser beaucoup de petites notes d’humour et prendre du recul avec ce sujet très intéressant tout en englobant les différents aspects de la pandémie… Bravo à lui donc et maintenant, je suis quasi incollable sur le H1N1

toinou H1N1 le webdocumentaire. Retour en images & en datavisualisation par Antoine Maggi.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

source

Toujours dans la visualisation de données… mais d’un autre genre, voici la dernière réalisation du “sound poet” Jörg Piringer qui a compilé les 25727 mots de passe obtenus par « Lulz Security » au cours de leur récente série d’attaques contre des sites pornographiques et notamment pron.com. Le groupe LulzSec avait déjà piraté des sites comme SONY, X Factor ou encore Nintendo. Au cours de cette vidéo, nous sont donc révélés tous les mots de passe. En théorie, la vidéo nous montre un mot de passe par image (donc 25 mots de passe par seconde) sur une vidéo qui dure 17 minutes et 22 secondes. Selon Jörg Piringer, le son de la vidéo est le son du synthétiseur vocal.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

source

Avant-hier a été publiée cette petite vidéo qui présente l’avenir potentiel du magazine “augmenté”. Ce mélange entre le magazine et la réalité augmentée ou le monde connecté est réalisé par la société Moodley. L’idée est donc que les lecteurs sont de plus en plus souvent en train de lire tout en étant à proximité ou en utilisant leur téléphone mobile. Ainsi, avec des “marqueurs” ou même directement avec la photo le lecteur a donc la possibilité d’afficher des vidéos, des textes, des tweets, etc. en temps réel avec le magazine. Pratique donc pour avoir les dernières actualités mais est-ce assez évident pour que ce soit fluide et réellement utilisable dans un “esprit” de lecture d’un magazine ?

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Et le gros WTF de cette semaine est un site intitulé “Ross Folds Kemp”. Ce site internet est un site dédié aux pliage des photos de l’acteur britannique Ross Kemp. Des centaines d’utilisateurs du monde entier ont ainsi présenté leurs propres pliages, chacun tentant de surpasser l’autre. Entre moquerie, passion de geek, travail graphique sur le pliage, je ne sais pas trop comment situer cet ovni visuel… je plains surtout cet acteur ;-)

le sitesource

Voilà pour notre revue de la semaine qui est quand même passée bien vite, je vous propose donc un peu d’infos en plus avec ces incroyables photos de Vancouver, avec cet article qui parle du futur des interfaces des téléphones mobiles,  et je vous invite à venir au colloque sur le design & la recherche à l’Ensad à Paris vendredi prochain ! :-)

Bon week-end à toutes et tous et gardez l’oeil ouvert !

Geoffrey

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[Fait-maison] Le kit de data visualisation http://owni.fr/2011/04/16/fait-maison-le-kit-de-data-visualisation/ http://owni.fr/2011/04/16/fait-maison-le-kit-de-data-visualisation/#comments Sat, 16 Apr 2011 10:30:53 +0000 Ophelia Noor http://owni.fr/?p=56357 José Duarte, graphiste colombien de 27 ans basé à Bogota a réalisé de ses propres mains un kit de visualisation de données, ingénieux et ludique. José nous raconte comment lui est venu l’idée :

C’est parti d’un constat, celui d’une saturation du numérique : on espère toujours pouvoir tout résoudre avec un ordinateur mais nous ne l’avons pas toujours sous la main pour réaliser le graphique qui va nous aider à éclaircir une idée ou un concept. Cependant, nous avons toujours dans la poche un crayon, un marqueur et des lacets ! Je me suis dit, pourquoi ne pas faire un graphique avec mes lacets de chaussure ?

José est aussi co-fondateur du studio Ledfish, qui propose de la visualisation de données (infographies et applications) principalement à des entreprises. À l’ère du tout numérique, ce kit fait main permet de d’aborder un projet avec un oeil différent. Non sans laisser perplexes certaines personnes, nous dit José :

“Souvent les gens me demandent comment faire pour être précis en créant des graphiques à la main. Je leur réponds qu’il a toujours fallu être précis sur les proportions mais le plus important est de rendre claire une idée.  Un bon exemple est cette visualisation que j’ai réalisé avec le kit :

On voit très clairement que l’augmentation des utilisateurs d’Internet entre 2000 et 2010 fut extrême. C’était l’idée principale derrière cette visualisation. Et plutôt que de me limiter à donner des chiffres pour chaque année, j’ai fait enfler un ballon. Il ajoute : Je sais bien que ce n’est pas la forme la plus précise pour faire un graphique, cependant le ballon, une forme abstraite, permet de représenter cette idée de manière tangible.”

Il conclut sur ces mots :

Il s’agissait pour moi de matérialiser l’information et c’est de là qu’est née l’idée de créer un outil qui m’aiderait à réaliser mon objectif.

De quoi s’amuser sur le datablog dans les jours qui viennent /-)


Hand Made Data Kit par © José Duarte
Déniché sur Graphism.fr. Retrouvez tous les vendredi matin la chronique de Geoffrey Dorne sur Owni, Vendredi c’est Graphism !

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L’art de la rétrographie http://owni.fr/2011/03/14/lart-de-la-retrographie/ http://owni.fr/2011/03/14/lart-de-la-retrographie/#comments Mon, 14 Mar 2011 07:33:13 +0000 Information is beautiful http://owni.fr/?p=50956 Quand j’ai commencé à réaliser des infographies, j’avais une prétention assez simple. J’estimais que c’était une “nouvelle manière” d’exprimer et de visualiser l’information; une fusion des données et du design profondément moderne et ancrée dans l’air du temps. Mais quel naïf je faisais !


Espérance de vie animalière et ISOTYPE

Ces infographies ont été créées en 1902 par des étudiants de W.E. Dubois, un activiste afro-américain . Elles ont l’air vraiment modernes, jusqu’à la typo. Tellement même, que j’ai dû m’y reprendre à deux fois pour m’assurer qu’il ne s’agissait pas de faux. Mais non, on peut trouver un très grand nombre de ces infographies à la bibliothèque du Congrès. A lire, un billet fascinant qui raconte comment elles ont été créés et pourquoi. Et là, une excellente exposition vintage vs modern (merci à @JonAkwue pour l’envoi).

Puis, il y a eu ISOTYPE (The International System of Typographic Picture Education). C’était une forme précoce d’infographies, pensée dans les années 1930 par le conservateur et philosophe autrichien Otto Neurath “comme une manière symbolique de représenter l’information quantitative par des icônes facilement interprétables.” Encore une fois, le caractère moderne de ces images en met plein la vue. Et ce malgré les méthodes de gravure et d’impression à la main. Sublime.


Un merveilleux petit livre sur ISOTYPE, écrit par la femme de Neurath, Marie, et Robin Kinross, qui vaut vraiment le coup d’oeil.

L’art de Gerd Arntz

L’esprit d’ISOTYPE, et son langage visuel rigoureux, reposaient avant tout sur le travail pictographique de l’artiste allemand Gerd Arntz. Il a développé plus de 5.000 icônes et pictogrammes, à l’origine des syllabes du langage ISOTYPE. Son travail a eu une influence considérable sur l’iconographie moderne.

Joli !

Gerd Arntz: Graphic Designer est un très beau livre, récemment publié par 010 Publishers, rendant hommage à son travail.

Infographies rétro: pourquoi maintenant ?

L’infographie, dans l’histoire, a connu heures de gloire et décadence. Va-t-elle arriver à “prendre” cette fois ? Je pense que oui, probablement. Il existe désormais un medium viable, le web, et une audience au langage visuel toujours plus aiguisé. Mais l’infographie et la visualisation de l’information pourraient-elles à nouveau tomber dans l’oubli ?


Article initialement publié sur Information is beautiful sous le titre “Vintage Infoporn n°1″

Aussi sur OWNI, la rencontre avec David McCandless, journaliste au Guardian et tête pensante d’Information is Beautiful.

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[Vidéo] The state of Wikipedia http://owni.fr/2011/01/22/video-the-state-of-wikipedia/ http://owni.fr/2011/01/22/video-the-state-of-wikipedia/#comments Sat, 22 Jan 2011 16:03:44 +0000 Admin http://owni.fr/?p=43454 Alors que Wikipedia a fêté ses dix ans le 15 janvier dernier, l’agence JESS3, spécialisée dans la visualisation de données, revient sur son histoire, son fonctionnement et les défis qui l’attendent dans un joli clip truffé de chiffres. C’est Jimmy Wales, le co-fondateur de l’encyclopédie participative, qui en est le narrateur. OWNI avait célébré dignement cet anniversaire le jour J avec un dossier spécial.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Si certains d’entre vous souhaitent rendre cette vidéo compréhensible à ceux qui ne maîtrisent pas la langue de Shakespeare, c’est sur Universalsubtitles que cela se passe.

Image CC Flickr nojhan

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Des frontières au bout du fil http://owni.fr/2011/01/11/des-frontieres-au-bout-du-fil/ http://owni.fr/2011/01/11/des-frontieres-au-bout-du-fil/#comments Tue, 11 Jan 2011 16:30:05 +0000 Hubert Guillaud http://owni.fr/?p=41897 Analyser des données téléphoniques peut-il nous permettre de mieux comprendre la pertinence de nos frontières administratives ? C’est la question que ce sont posés des chercheurs du département réseau et société du Senseable City Lab du MIT, de Cornell, de British Telecom et du collège universitaire de Londres dans une étude (vidéo) qui a comparé des données de télécommunications avec les frontières administratives britanniques. Leurs conclusions montrent que le cloisonnement politique existant se retrouve pour l’essentiel dans nos communications.

Image : De la cartographie des communications aux frontières régionales de nos échanges.

En analysant des milliards d’échanges téléphoniques, les chercheurs ont constitué une carte montrant l’intensité des échanges entre les différentes régions d’Angleterre, selon le volume des informations qu’elles échangent. Ils ont ensuite développé un algorithme permettant de diviser la carte en régions selon le volume des échanges permettant de mettre en avant le volume des connexions à l’intérieur d’une région par rapport au volume des connexions entre régions.

Coïncidence des interactions et de la partition administrative

Ils ont mis en évidence le fait que la partition des échanges correspondait pour la plupart avec les partitions administratives, géographiques et historiques existantes. A quelques exceptions près cependant : une partie du pays de Galles a de plus fortes relations avec des villes de l’ouest de l’Angleterre qu’elle n’en a avec le reste du pays de Galles…

“Cette étude nous permet de comprendre l’interaction entre les institutions géographiques et sociales que nous construisons”, estime Carlo Ratti, directeur du Senseable City Lab du MIT. En permettant de mieux identifier les régions réelles, c’est-à-dire telles que les gens les vivent dans leurs échanges et leurs déplacements, nous pourrions construire une meilleure gouvernance, estime le chercheur. Cependant, il n’est pas surprenant que le résultat de l’algorithme de partitionnement dessine un miroir des limites politiques actuelles de la Grande-Bretagne, souligne Carlo Ratti. Après tout, si les communautés ont été regroupées culturellement et politiquement depuis des siècles, cela leur donne également de bonnes raisons pour échanger des informations d’abord et avant tout en leur sein.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

En science des réseaux, les algorithmes de partitionnement sont pourtant souvent indifférents à la géographie : il serait ainsi parfaitement acceptable de réunir New York et Los Angeles à regarder le volume des données que les deux villes échangent. Ce n’est visiblement pas le cas en Grande-Bretagne.

L’analyse des flux d’informations ne redessinera pas les frontières administratives, bien sûr, mais elle peut être un outil dans la compréhension de leur pertinence ou de leur inexistence. On a hâte de voir une telle étude étendue aux régions françaises.

Article initialement publié sur InternetACTU sous le titre “Nos frontières politiques éclairées par nos échanges”.

Illustration CC FlickR: rbrwr

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La politique, le sexe et Dieu dans Google Books http://owni.fr/2011/01/09/la-politique-le-sexe-et-dieu-dans-google-books/ http://owni.fr/2011/01/09/la-politique-le-sexe-et-dieu-dans-google-books/#comments Sun, 09 Jan 2011 15:00:15 +0000 Mary C Joyce http://owni.fr/?p=41574

Ce billet de Mary C Joyce a d’abord été publié sur Meta Activism Project, et repris sur OWNI.eu.

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La semaine dernière, Google a lancé un puissant outil de visualisation des tendances culturelles. Modestement nommé Books Ngram Viewer, il vous permet de chercher la fréquence de n’importe quel mot dans les 5,2 millions de livres que comporte la base de données Google Books, depuis les années 1800.
La semaine dernière, le site Read Write Web a publié un article [en] présentant dix fascinants graphs de mots, en utilisant cette application. En voici trois exemples de plus.

Guerre et Paix

Le premier graphique montre la fréquences des mots guerre, paix et démocratie depuis 1800. Sans surprise, les plus grand pics d’occurrence pour le mot guerre ont lieu durant la Première et la Seconde Guerre mondiale.
Chaque fois que de nombreux écrits sont consacrés à la guerre, une petite quantité parlent de paix, légèrement plus lors de la Première Guerre mondiale que pendant la Seconde. Il est intéressant de constater la façon dont les écrits à propos de la démocratie entraîne la production d’écrits sur la guerre et la paix durant ces grands conflits, avec la fréquence la plus importante durant la Seconde Guerre mondiale. Pourquoi un tel constat ? A mon avis, ce sont ces livres relevant de la catégorie : “Pourquoi nous nous battons ?”, qui réaffirment les valeurs culturelles des pays anglophones pour essayer de motiver les populations à se battre respectivement contre le fascisme et le communisme.

Gay, queer et homosexuel

La base de donnée révèle les tendances culturelles, incluant les changements dans la façon de percevoir les personnes GLTB. Au début du 20ème siècle, “queer” est lentement devenu péjoratif. Le terme gay a alors commencé a être attribué à des personnes qui n’étaient pas engagées dans une relation hétéro, y compris des femmes hétérosexuelles aux mœurs légères.

Dans les années 40 et 50, ces termes ont été de moins en moins utilisés, tandis que le mot homosexualité gagnait du terrain. La médicalisation de l’identité LGBT a été renforcée par la publication du premier Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM) publié par le National Institute of Mental Health [en] en 1952, dans lequel l’homosexualité est considérée  comme maladie.

Cette tendance se poursuit au début des années 80 quand les mouvements pour les droits des gay ont commencé à apparaître, et a connu un élan fort à la fin de cette décennie, en grande partie à cause de la crises du sida.
Depuis, le terme gay est monté en flèche dans les usages, alors que l’utilisation du terme homosexuel est de plus en plus faible. Queer, dans une moindre mesure, a également fait l’objet d’une réappropriation.

Et Dieu dans tout ça ?

Le dernier graphique que je souhaite vous présenter est celui montrant la très forte baisse de la présence du mot Dieu dans les livres anglais, qui peut être assimilée au déclin de la religiosité. Loin d’être un constat récent, selon cette mesure la religion est en déclin dans les pays anglophones depuis le milieu du 19ème siècle, diminuant durant la révolution industrielle, pour atteindre son niveau actuel autour des années vingt. Même les récentes périodes de conservatisme social dans les années 1950 et de libéralisme social des années 1960 ne sont que des soubresauts dans un contexte de déclin général des religions dans cette partie du monde. Alors que le conservatisme religieux semble de plus en plus important, nous devrions être conscients, du moins aux États-Unis, que c’est une vogue dans une société fondamentalement laïque.

Ce billet de Mary C Joyce a d’abord été publié sur Meta Activism Project, et repris sur OWNI.eu.

Illustration FlickR CC another.point.in.time

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McCandless datavisualisé http://owni.fr/2010/12/20/visualisation-de-donnees-rencontre-avec-david-mccandless/ http://owni.fr/2010/12/20/visualisation-de-donnees-rencontre-avec-david-mccandless/#comments Mon, 20 Dec 2010 17:51:54 +0000 Stéphanie Vidal http://owni.fr/?p=39455 Boire un thé avec David McCandless d’Information is beautiful quand on s’intéresse à la visualisation de données revient un peu à partager un pétard avec ses rockers préférés quand on est une groupie. Je souris béatement tandis qu’il peste contre sa nouvelle maison qu’il juge bien trop grande et trop froide. David met de l’eau à bouillir et je remarque que même sa théière est recouverte d’une petite laine. Quelques instants plus tard, je le suis, sans sucre et sans lait, dans les escaliers qui mènent à son bureau.

Work In progress

Là, il me montre une infographie sur les exoplanètes qu’il termine actuellement pour The Guardian. Briefé en février, il se désole de sa lenteur justifiée par un emploi du temps surchargé et une volonté farouche de tout concevoir à la main.

“J’ai vraiment voulu prendre le temps de sélectionner les informations pertinentes afin de créer une bonne histoire mais aussi de trouver l’échelle adéquate pour rendre le tout compréhensible.”

La notion d’échelle est fondamentale pour moi ; je crois que c’est véritablement la clé de la visualisation de données car elle donne à la fois le contexte et le sens.

Sans échelle, quelles que soient les formes qu’elle prend, nous ne pourrions effectivement pas nous repérer dans ces complexités. Elle est ce qui rend les informations vivantes et donne sens aux grandeurs physiques et temporelles. La visualisation sur les exoplanètes permet par exemple d’appréhender simplement l’immensité de l’espace dans lequel nous vivons et l’immensité des nombres qui le décrivent.

Je débute toute visualisation en partant non pas des nombres auxquels je suis confronté mais de ma propre confusion à leur égard. J’avoue ne pas comprendre ces nombres à l’état brut. Présentés de manière absolue, comme c’est souvent le cas dans les médias, il est difficile de cerner leur portée. Ces présentations ne permettent pas d’établir des liens entre divers éléments. Or, je crois que ce sont ces liens qui sont les plus importants.

La genèse

Après avoir trainé ses basques pendant plus de 20 ans dans les rédactions en tant que journaliste, David a eu l’impression d’avoir fait le tour de son job. Un peu d’ennui, en français dans le texte, le poussait à rechercher une activité neuve et récréative sans qu’il ne sache trop vers quoi s’orienter. Il y a 3 ou 4 ans, il décide d’enquêter sur les théories évolutionnistes et créationnistes, peu convaincu de la dichotomie simpliste véhiculée par la presse. ll est persuadé que les théories sur l’origine du monde ne se cantonnent pas à deux simples blocs s’opposant frontalement. Sans surprise, il découvre de nombreux désaccords entre les partisans, faisant émerger de multiples groupes dissidents. Il éprouve pourtant des difficultés à rendre par écrit l’ensemble de ces disparités.

“C’est alors que j’ai commencé à dessiner un schéma, pour faire le point et m’y retrouver. Je me souviens m’être dit : “Je n’ai plus à écrire l’article, il est déjà sous mes yeux! Je viens déjà de faire mon job de journaliste en expliquant clairement la situation que je veux dépeindre.” Tout était figurativement décrit. J’ai su que c’était le début de quelque chose et que je pourrais continuer dans cette voie… Je n’ai pas de diplômes en art ou en design mais une approche pratique des formes. En quelque sorte, je ne sais pas vraiment ce que je fais. Je suis simplement mon instinct…”

Source: http://www.fastcompany.com/pics/biggest-stories-our-time-visualized#1

Le design et la publicité

Cette concision, il me dit l’avoir appris dans la publicité quand il officiait en tant que concepteur-rédacteur en agences digitales. Il lui fallait alors distiller un maximum d’idées de façon claire et efficiente dans des espaces réduits.

Le minimum de mots possible certes, mais pas l’élimination des mots. C’est ça le design! Le design n’est rien d’autre que la capacité de pouvoir soustraire pour optimiser. Quand je dis “le minimum de mots” j’entends “appliquer le design aux mots et à l’information “

Cette optimisation David ne l’a pas uniquement avec la publicité, qu’il considère aujourd’hui – après y avoir été longtemps réticent – comme une discipline conceptuelle. Il m’explique qu’il ne lit plus à proprement parler mais plutôt qu’il scanne et consomme beaucoup d’informations, récupérant des bribes de sens par-ci par-là. Son esprit, comme le notre s’est plié à de nouveaux codes de lecture et d’apprentissage définis par Internet.

Is information beautiful ?

Avec ses visualisations, David se donne pour objectif de condenser du sens dans des espaces restreints afin de transmettre aux gens des informations auxquelles ils n’auraient pas eu accès autrement. Il mentionne aussi que les visualisations permettent de captiver l’attention des internautes, si difficile à retenir face à l’amoncellement d’informations disponibles sur le réseau. Je rebondis : est ce que l’information a toujours été belle ou est-elle, de fait, devenue nécessairement esthétique ?

“Bonne question. Je pense en effet que c’est une manière d’attirer l’œil toujours sollicité de l’internaute et de mettre en avant une histoire dans le grand blizzard de l’information disponible. Mais, à mon avis, l’information a toujours été belle. Elle est belle, captivante et magnétique. Même si elle n’a pas été perçue comme telle auparavant, les gens apprécient la beauté de l’information, de la connaissance, des systèmes, des idées et des concepts. Malheureusement, leur accès a souvent été restreint par les terminologies et le jargon des spécialistes. Aujourd’hui c’est un véritable dévoilement de cette beauté qui s’opère.

La visualisation de données ne se cantonnerait donc pas à attirer l’œil. David croit qu’elle relaxe aussi l’esprit : sollicitant sans trop d’effort les processus cognitifs.

Supérieur ou Égal

La visualisation de données permettrait donc de révéler la beauté intrinsèque de l’information, et même de rendre toutes informations belles. N’importe quel sujet peut ainsi être traité visuellement, déjouant les hiérarchies conventionnelles. Ici pas de Une ou de brèves. Quelque que soit le sujet représenté – les sites internet partiellement ou totalement bloqués en Chine (image ci-après) ou les pics de rupture sur Facebook – la visualisation de données semble lui donner un statut particulier. Elle aurait selon David la capacité de rendre tout intéressant.

Pratiquer la visualisation de données m’a conduit à réfléchir sur ce qui est intéressant. C’est une notion que l’on considère presque pour acquise alors qu’elle ne l’est pas du tout. Qu’est ce qui rend une chose intéressante et pas une autre ? Cette question me passionne. Je n’ai pas de réponse, mais mon intuition me dit que cela se joue au niveau des relations: non pas forcement les faits mais la façon dont il sont liés et ce qui les lie.

Montrer des imperceptibilités, révéler des motifs et découvrir des liens insoupçonnées entre divers éléments semblent contribuer à l’esthétique – si ce n’est à l’éthique – relationnelle de la visualisation de données.

Le Data Journalisme

L’entrée des données dans le journalisme est supposée en théorie bouleverser le métier. En théorie insiste David car à ses yeux, le phénomène reste encore émergent dans les rédactions, même les plus progressistes. Et encore, quand il n’est pas complètement boudé.

La difficulté avec les données, c’est que l’on ne sait pas immédiatement l’histoire que l’on va raconter. Il faut fournir un travail colossal de déchiffrement et de défrichement dans la jungle des données pour hypothétiquement voir un motif émerger. Cela n’attire pas forcément des journalistes soumis à des deadlines.

Pourtant, le journalisme de données ne diverge pas tellement du journalisme dans sa volonté de révéler des événements et d’établir des liens entre eux. Seulement, selon David, les méthodes et l’état d’esprit nécessaires ne sont pas exactement similaires.

De nombreux journalistes sont encore cantonnés à l’approche traditionnelle de l’article fini. On l’écrit, on l’imprime et on n’y retourne plus. Si jamais une modification doit être faite, on publiera un erratum quelques jours plus tard. Le document n’est plus vivant. Or je crois qu’il y a une véritable opportunité pour le journalisme avec la visualisation de donnée. On peut modifier son « article », le développer, le faire grandir. Cela nécessite d’être transparent, de montrer son travail ainsi que le processus, les sources et les contacts qui ont permis d’y aboutir. Beaucoup de journalistes ont encore peur de cela.

Timeline des sujets catastrophistes dans les médias

Inter-Activité

Si David se targue de la transparence qu’il s’impose c’est aussi parce qu’il y est obligé, habitué à recevoir de nombreux retours sur ses visualisations. Les commentaires postés sur son site sont parfois sévèrement critiques au point qu’il reprend actuellement l’une d’entre elles intitulée « How I Learnt To Stop Worrying And Love The Bomb (Kinda)».

C’est vraiment difficile d’être transparent afin de donner aux gens la capacité de jouer avec les donnés, de les partager et de les corriger. J’aime beaucoup que les gens commentent même si c’est pour me dire que je me trompe. Cela est inhérent au média, c’est une forme de la pensée participative issue d’internet.

David apprécie les démarches participatives. Toutefois, dans certains cas de figure, il module son enthousiasme:

«Le crowdsourcing et les processus démocratisés ne donnent pas toujours de bons résultats. Le processus est formidable en lui-même mais il ne produit pas forcément de bonnes histoires ni de travaux journalistiques pertinents.»

Le Storytelling

Donner forme à l’information et modeler les perceptions voilà ce qui semble animer David. Ne se contentant pas uniquement de visualisations figées, il lui arrive de créer des visualisations interactives comme par exemple « Snake Oil? » et des petites animations graphiques.

« Ces dernières sont plus narratives que les visualisations figées. Le lecteur voyage dans un paysage d’informations et je guide son parcours dans cet environnement. J’aime faire ces visualisations car j’y raconte des histoires. J’en raconte une principale mais en en dessous j’en convoque beaucoup d’autres. C’est une nouvelle forme de storytelling »

Avec la visualisation de données, l’image se fait narration; dans ce domaine, ce qui est suggéré est aussi important que ce qui est montré.

This is Serious Game

David raconte bien les histoires, présentant avec légèreté des sujets sérieux et sérieusement des sujets légers. Brillant orateur, l’auditoire de ses conférences rigole autant qu’il prend des notes.

La visualisation de données c’est à la fois divertissant et sérieux. Je pense avoir peut-être une approche plus espiègle que les autres data-journalistes. Les données permettent et obligent le jeu. Il est nécessaire d’entrer avec elles dans un processus ludique afin d’en extraire des motifs mais aussi pour ne pas laisser leur formalisme paralyser notre imagination.

Dans sa démarche créative David se sert du rire pour déjouer la tension formelle inhérente aux données et du ludique comme méthode s’appliquant aux processus et aux esprits, pour produire et pour communiquer.

Toutes les illustrations sont issues du site de David McCandless, Information is Beautiful, exceptée l’image de clé CC FlickR par davidsmalley

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Nicholas Feltron: le self-tracking, “de nouvelles formes de communication condensées” http://owni.fr/2010/10/15/nicholas-feltron-le-self-tracking-de-nouvelles-formes-de-communication-condensees/ http://owni.fr/2010/10/15/nicholas-feltron-le-self-tracking-de-nouvelles-formes-de-communication-condensees/#comments Fri, 15 Oct 2010 16:30:42 +0000 Stéphanie Vidal http://owni.fr/?p=31745 Vous travaillez actuellement à l’élaboration d’un livre sur les moyens de production artistique. Considérez-vous qu’aujourd’hui, l’information et les données font partie de ces moyens ?

L’information est quelque chose qui se répand partout. Avant, les données étaient le pré-carré des scientifiques et des comptables. Maintenant de plus en plus de gens y ont accès et en produisent à leur tour. Ils ont pu découvrir ou même créer des outils leur permettant d’analyser et de comprendre les données, d’en faire quelque chose. Je répondrais donc qu’en art ou dans tout autre domaine, l’information est un média qui est aussi devenu du contenu.

On ressent un vif intérêt pour les infographies et les visualisations en tous genres. Pensez-vous qu’il s’agisse d’un engouement passager ou plutôt d’une tendance lourde ?

C’est assurément une tendance lourde. On perçoit un attrait grandissant pour les visualisations de données. Elles permettent de se rendre compte des nombreuses complexités qui font le monde qui nous entoure. Je me réjouis que l’on s’y intéresse de plus en plus et que l’on tende vers la simplicité. Pourtant, et je le déplore, la majorité des visualisations produites et diffusées attirent l’œil et le détournent des bons travaux de la discipline.

Elles sont généralement réalisées dans un style cartoon et ce sont elles qui sont mises en avant alors qu’il y a tant d’informations pertinentes et de belles histoires à communiquer ! Je préfère quand les histoires vont plus en profondeur plutôt que quand elles se cantonnent à montrer la complexité et les connections. et que l’on peut en extraire de véritables enseignements.

Vous êtes devenu célèbre grâce à vos Annual Reports. Ce n’est pas votre premier projet graphique mais c’est celui qui a su rencontrer une large audience. Aucun d’entre eux ne se ressemble, qu’est-ce qui vous pousse à modifier les paramètres que vous sélectionnez et les formes que vous leur donnez ?

L’information est dirigée par la curiosité. Je vis chaque année comme une quête. Je traque au fil des jours les données qui constitueront mon Annuel Report. Je me demande comment, à travers elles, je vais raconter de nouvelles histoires et comment je vais trouver de nouvelles manières d’appréhender cet enregistrement permanent de ma vie. Je sauvegarde donc l’ensemble de ces données pour les mettre en forme l’année suivante. Il m’arrive même d’avoir deux années de données conservées dans des bases que je n’ai pas encore explorées.

Plus j’y pense et plus je crois que la curiosité y est pour beaucoup dans cette aventure. Je me demande à quoi une année va ressembler à travers la focale que j’aurais choisie, c’est-à-dire comment je l’ai ressentie et comment elle a été perçue par mon entourage. Je suis curieux de voir les traits qu’elle va prendre une fois que j’aurai résumé ses divers aspects en nombres ! Je regarde l’ensemble de mes transports par exemple et je compte le nombre de kilomètres que j’ai parcouru en avion durant ces 365 jours. Cette année je m’intéresse attentivement au temps que je passe dans différents lieux, et avec qui je m’y rends. J’ai aussi deux ou trois autres idées mais vous verrez cela bien assez tôt ! J’ai besoin que cette recherche reste fraiche et excitante. Il faut que l’Annual Report reste un projet neuf chaque année. C’est aussi mon laboratoire visuel. Je peux y essayer de nouvelles formes et de nouvelles manières d’explorer les données, sans qu’un client me dise que cela lui déplait ou que l’aventure ne l’intéresse pas. C’est très libérateur et productif pour ma pratique.

Un extrait de l'Annual Report 2007

Vous avez commencé à réaliser l’Annual Report comme un projet graphique et personnel. Est-ce que c’est toujours le cas ou bien est-ce qu’il tend à devenir une nécessité, vous permettant de mieux vous connaître et de mémoriser l’ensemble de vos faits et gestes ?

L’Annual Report est toujours un projet personnel. Pourtant je crois qu’il s’y ajoute quelque chose d’autre. Quelque chose qui serait peut-être, allez disons-le, une sorte d’addiction. Maintenant je dois le faire. J’ai découvert tous ces flux invisibles de données qui circulent autour de moi et il est désormais trop tard pour que je les laisse ne pas être collectés ou visualisés graphiquement.

Vous dites que les chiffres sont pauvres en enseignements vous concernant et que vous ne les utilisez pas pour influer votre comportement et quand bien même vous le voudriez ou le pourriez. Pensez-vous que des gens ont véritablement des choses à découvrir sur eux-même en collectant et en visualisant leurs données ?

Absolument, le simple fait de collecter des données est déjà suffisant pour modifier le comportement d’un individu. Je crois que quand l’on commence à scruter quelque chose on y devient véritablement attentif et que l’on est déjà en train de changer. Si demain vous vous mettez à enregistrer le nombre de cafés que vous buvez vous serez plus conscients de votre consommation et de votre comportement. J’admets ne pas regarder pas mes chiffres pour influer sur mon comportement car j’ai toujours considéré l’Annual Report comme une sorte d’agenda personnel ou de journal intime où j’essaie de conserver les événements sans tendre à modifier leur cours. Les motivations qui poussent à se traquer et les paramètres traqués varient en fonctions des individus. Ils peuvent décider de changer leurs agissements ou bien simplement de les regarder, d’enquêter sur leurs habitudes et de les mémoriser. Je fais plutôt partie de ceux-là.

Êtes-vous particulièrement sensibles aux petites choses du quotidien ? Celles qui sont en sourdine et pourtant porteuses de sens, celles qui peuvent s’effacer de la mémoire par leur fragilité en dépit de leur accumulation ?

J’aime les motifs et les collections. J’admire l’obsession, la rigueur et l’organisation. Je pense que c’est tout cela que l’on retrouve dans mon travail et dans celui des artistes que j’admire comme par exemple Sophie Calle, Mark Dion ou encore Candy Jernigan.

Combien de bouteilles d'eau ai-je bu cette année ?

Vous avez cofondé la plateforme Daytum grâce à laquelle tout un chacun peut enregistrer et visualiser les données qu’il souhaite. L’avez vous créée car vous sentiez qu’il y avait une demande et un véritable besoin ?

J’ai été très surpris de voir le nombre de personnes qui ont été enthousiasmées par mon projet. J’ai peu à peu remarqué qu’il y avait des gens qui reprenaient ma démarche. En fin d’année, je reçois souvent des mails d’inconnus qui m’envoient leur propre Annual Report. J’avoue ne pas savoir ce qui les motive. Peut-être est-ce l’aspect collection ou le côté design de la chose, peut-être même les deux. Or, il est difficile de collecter des données quand on ne possède pas les outils appropriés et les méthodologies efficaces. Lorsque la collecte des données a été menée à bien, l’étape suivante – celle de leur représentation – est un tout autre challenge. J’ai donc créé cet outil en reprenant le concept et les procédures de l’Annual Report afin de les rendre accessibles à tous.

Y a-t-il des paramètres qui sont majoritairement traqués par les membres inscrits sur Daytum ?

Oui et les tendances sont très simples à repérer. Les gens commencent le self-tracking à partir de paramètres simples, comme par exemple leur consommation de boisson ou de nourriture, les séries télévisuelles ou les films qu’ils regardent. Ces choses sont à la fois discrètes et omniprésentes, inscrites dans une temporalité et vouées à l’oubli dans la répétition. Il est aussi très intéressant de voir comment certains membres s’emparent de cet outil pour l’étendre à des usages auxquels nous ne nous attendions pas. Je pense par exemple à un jeune homme qui se sert de Daytum pour raconter l’histoire de son canapé. Il comptabilise le nombre de personnes qui y passent la nuit, qui s’assoient dessus, et aussi les tâches et restes de nourriture qu’on peut trouver dessus. J’aime beaucoup ce genre d’initiatives qui sont bien plus expressives et créatives.

À votre avis, qu’est-ce qui pousse des personnes qui ne sont pas designers à se traquer ?

C’est la question à un million de dollars. Je pense que de multiples raisons peuvent nous conduire à cette pratique pourtant je ne saurais vous dire laquelle est propre à chaque individu. Le jogging est moyen efficace pour créer des histoires dans une forme autant pudique qu’expressive. La liste n’est pas exhaustive mais je crois que certains le font par curiosité, d’autres l’envisagent comme un moyen de se raconter, d’autres ressentent une véritable satisfaction quand ils parviennent à connaitre leurs chiffres, d’autres encore pour changer leurs comportements, regarder a posteriori leurs activités, ou mesurer leur productivité et leurs accomplissements.

Vous dites que l’on peut mesurer sa productivité et ses accomplissements, le self-tracking pourrait-il être un moyen aussi libérateur qu’aliénant ?

Je ne pense pas que cette méthode doit être appliquée pour mesurer la productivité ou les accomplissements des gens. Par contre, quand une personne narre une histoire statistique sur son canapé ou qu’émergent des avis communs à propos d’un film, je crois que l’on se retrouve confronté à de nouvelles formes de communication condensées.

Que pensez-vous que cette nouvelle forme de communication peut nous apporter ?

Je crois que cette méthode permet de renforcer la communication non seulement entre les individus mais aussi entre eux et les plantes et les objets inanimés. Par exemple, sans se baser sur des structures grammaticales ou syntaxiques, une plante peut vous exprimer clairement qu’elle a soif grâce à des capteurs implantés dans le sol. De la même façon, sans écrire des paragraphes sur mon week-end, je peux vous raconter toutes les choses que j’ai faites (à savoir où j’étais, qui j’ai vu, ce que j’ai bu ou mangé) en quelques updates condensées. Ces updates peuvent aussi être associées entre elles pour raconter des histoires bien plus vastes, se modifiant au fil du temps. Et puis, n’y a-t-il pas, peut-être, quelque chose qui ment entre l’image et le mot ?

J’aimerais vous retourner la question ! D’ailleurs, la visualisation de données est-elle une réponse ou plutôt un tout nouveau set de questions ?

J’espère qu’elle est les deux. Je la perçois comme une approche qui peut nous mener à de meilleures réponses et à de meilleures questions.

À consulter

Le site de Nicholas Feltron

Daytum, plateforme accessible à toute personne souhaitant enregistrer et visualiser des données

Images : traces de pas CC Flickr ankengine, Annual Report 2007 copyright Nicholas Feltron ; bouteilles d’eau CC Flickr Klearchos Kapoutsis

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Hans Rosling: des legos, des données, le futur? http://owni.fr/2010/04/03/hans-rosling-des-legos-des-donnees-le-futur/ http://owni.fr/2010/04/03/hans-rosling-des-legos-des-donnees-le-futur/#comments Sat, 03 Apr 2010 21:00:51 +0000 Media Hacker http://owni.fr/?p=11576 Cliquer ici pour voir la vidéo.

Vidéo sous-titrée en français disponible ici

Hans Rosling est professeur de santé publique internationale à l’université d’Uppsala, en Suède. Dans cette vidéo pour le projet “2020 Shaping Ideas” lancé par la marque Ericsson, il exprime la théorie selon laquelle un rééquilibrage mondial des niveaux de vie est à l’oeuvre , et qu’il va se poursuivre. Les disparités gigantesques qui existent entre les niveaux de vie à l’échelle mondiale sont pour lui la conséquence des guerres, d’une mauvaise gouvernance, et d’un état d’esprit propre aux Etats-nations qui voudrait que certains Etats soient plus égaux que d’autres. La solution? Un renforcement des pouvoirs de l’ONU afin de mettre en place une véritable gouvernance mondiale qui encadrerait les échanges marchands. Le scientifique maintient que c’est possible, et on a envie de le croire, malgré nos références crypto-gauchistes (je parle pour moi). Hans Rosling est reconnu pou ces multiples interventions au cours des fameuses conférences TED, et c’est là qu’interviennent les legos. Féru de statistiques et cherchant à les représenter de la manière la plus pertinente qui soit, il a gratifié ses auditeurs de morceaux d’anthologie dans la visualisation de données, dont celui-ci (en anglais, vost disponible chez TED):

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Et comme on se pose des questions sur la visualisation de données en ce moment, il semble intéressant de revoir ce que le monsieur avait bricolé pour comparer les statistiques des morts de la grippe A et celles de la tuberculose, en lien avec leur couverture médiatique respective:

Cliquer ici pour voir la vidéo.

— > Vidéo dénichée par @sabineblanc, fan de lego devant l’éternel, sur gapminder, et traduite par mes soins.

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